Insuffisance rénale et BARF


L’insuffisance rénale qu’est-ce que c’est ? L’insuffisance rénale chronique (IRC) touche aujourd’hui de nombreux chiens et chats, en particulier à partir d’un certain âge. Cette pathologie correspond à une perte progressive et irréversible des fonctions des reins. Les premiers signes sont une augmentation de la soif, des mictions fréquentes d’urine plutôt claire et un manque d’appétit / de la fatigue avec parfois des troubles digestifs (vomissements ou diarrhées).

L’alimentation des chiens – Dr Géraldine Blanchard – Éditions France Agricole 2008

Le diagnostic est tombé et vous ne savez pas si vous pouvez rester au cru ou y passer ? Vous avez probablement entendu et lu beaucoup de choses qui se contredisent parfois… Nous allons essayer de vous aider à y voir plus clair.

Teneurs pour 100 grammes de viande de Lapin (Source INRA 2008)

Contrairement aux croyances populaires, que malheureusement de (trop) nombreux vétérinaires et professionnels animaliers véhiculent, une alimentation à base de viande crue n’est pas du tout incompatible avec les maladies rénales bien au contraire ! Tout d’abord il faut bien avoir à l’esprit que la viande crue ce n’est pas QUE des protéines, c’est avant tout de l’eau !!! Par exemple pour 100 grammes de viande de lapin, la teneur en eau est presque de 73 grammes…

« Encyclopédie Royal Canin du Berger Allemand » Dr Dominique Grandjean – Préface « Le vrai respect du chien »– Éditions Aniwa 2003

Ensuite, il faut savoir que le « trop » de protéines n’existe pas chez le carnivore. Et c’est écrit noir sur blanc dans les encyclopédies des industriels du petfood ! Ou plutôt le trop de protéines animales, alors que les aliments industriels contiennent énormément de protéines végétales et c’est là toute la différence…

Les protéines sont toutes constituées d’acides aminés. Cependant, les protéines végétales sont moins riches en certains acides aminés dits essentiels, et sont loin d’être aussi facilement métabolisées que les protéines animales (on dit que leur indice chimique est autour de 40% alors qu’il avoisine les 100% pour les œufs, 90 pour la viande). De plus, les céréales contiennent de l’acide phytique, une molécule phosphorée contenue dans le son (c’est à dire l’enveloppe des graines). Cet acide est un super antioxydant mais malheureusement c’est aussi un véritable anti-nutriment, il agit comme un chélateur de nombreux minéraux c’est à dire qu’il empêche l’assimilation du calcium, du fer et zinc entre autres. Et comme si cela ne suffisait pas il réduit également la digestibilité des protéines et des lipides, les rendant insolubles et donc pratiquement directement évacués au lieu d’être absorbés et métabolisés. Problématique quand on sait que les carnivores ont un métabolisme qui ne repose QUE sur les protéines et les lipides et non pas un métabolisme glucidique comme l’Homme…

Donc il est tout à fait possible de nourrir un animal souffrant d’une maladie rénale avec un régime BARF ! Cependant il faut veiller à quelques adaptations.

Pour la plupart des vétérinaires, mettre en relation les maladies rénales du chat avec une mauvaise gestion de l’alimentation et de l’entretien de l’animal n’a aucun sens. Au lieu de chercher les causes, ils essaient de traiter la maladie avec les remèdes adaptés (aliments diététiques, antibiotiques, antihypertenseurs, perfusions). Les aliments diététiques contre les maladies rénales sont une véritable arnaque si l’on regarde de plus près les ingrédients: viande et sous-produits d’origine animale (porc 5%, poulet 4%). […] Bien sûr il existe des pathologies rénales qui ne dépendent pas de l’alimentation, comme l’apparition de kystes rénaux d’origine génétiques chez les chats, due à des erreurs d’élevage.

Outre le fait que les chiens et les chats nourris avec de la viande crue ont des valeurs de créatinine différentes de celles des animaux alimentés avec de la nourriture industrielle, il faut savoir que ce taux est un paramètre rénal très approximatif et qui n’est pas indiqué pour un diagnostic précoce […] La créatinine est un produit final physiologique du métabolisme musculaire et elle est éliminée à travers les reins. Des taux élevés ne se manifestent que lorsque au moins deux tiers des fonctions rénales sont compromises. En outre, les valeurs de référence varient d’un laboratoire d’analyse à l’autre (et ce, assez largement – de 106 à 130 µmol par litre pour un chien) […]. On peut utiliser des tests complémentaires (test d’élimination de l’insuline, de la cystatine C etc.) qui permettent de dire si la fonction rénale est effectivement limitée.

Afin d’obtenir une valeur significative de la créatinine, un chien devrait avoir jeûné durant 12 à 18 heures avant le prélèvement sanguin et l’interprétation des valeurs doit se faire en fonction de sa taille et de sa masse musculaire.

[…] Chez les chats, la valeur de la créatinine est beaucoup plus indicative que chez les chiens », mais eux aussi doivent subir des examens complémentaires pour obtenir un diagnostic exact.

« Le manuel complet de la santé du chien et du chat » Dr Jutta Ziegler. Chapitre 12 – « Maladies rénales et des voies urinaires ». Macro Éditions 2017

Attention, comme n’importe quelle pathologie un suivi vétérinaire est toujours primordial. Si votre vétérinaire est véritablement contre ce type d’alimentation, alors changez, vous trouverez une liste de vétérinaires en accord avec l’alimentation naturelle sur notre site, mais n’hésitez pas à en consulter d’autres s’il le faut jusqu’à en trouver un qui ne soit pas contre une alimentation à base de viande crue et qui vous accompagnera dans la prise en charge de votre compagnon.

Tout d’abord il faudra comme pour n’importe quel chien souffrant d’insuffisance rénale faire surveiller l’urée, la créatinine, le taux de phosphore, de calcium, de sodium et de potassium chez votre vétérinaire. Pour rappel nous parlerons ici de chiens et chats souffrants d’insuffisance rénale chronique. L’insuffisance aiguë, en crise urémique constitue une urgence vétérinaire, la seule règle alimentaire à ce moment-là est de faire manger l’animal à tout prix, car l’acidose métabolique qui accompagne l’anorexie est un cercle vicieux puisqu’elle aggrave l’insuffisance rénale.

Limiter les apports en phosphore (selon la prise de sang de votre animal)
Le problème du phosphore c’est qu’il va de pair avec le calcium on ne peut donc pas réduire uniquement le phosphore sans retirer le calcium… Pour cela, plutôt que de retirer complètement les os charnus, le vétérinaire peut vous prescrire un chélateur du phosphore à ajouter dans la ration. Tout dépend de ses résultats sanguins : dans les cas les plus sévères il peut être nécessaire de diminuer la ration d’os charnus même avec un chélateur donc demandez conseil à votre vétérinaire avant d’ajouter le moindre complément. Il en existe des tas, naturels ou non et SEUL votre vétérinaire est habilité à vous prescrire celui qui convient. La prudence est de mise car certains contiennent des diurétiques naturels qui peuvent être dangereux si votre animal a déjà un traitement.
Toujours dans les minéraux il faudra veiller à un apport de potassium suffisant et de sodium limité mais nous y reviendrons dans le choix des fruits et légumes.

Apporter des protéines de qualité

On choisira des viandes blanches (poulet, dinde, porc, veau, poissons) et des œufs (ces derniers apportent des protéines de très bonne qualité) au moins jusqu’à stabilisation de la créatinine. Après un retour à la normale de cette dernière, de la viande rouge peut être introduite mais en petite quantité. Il est important de noter que la viande de cheval par exemple est riche en purines, sa métabolisation va donc provoquer une augmentation de l’urée.

Comme on peut le voir sur le graphique, la qualité des protéines se reflète (entre autres) par les déchets azotés que la métabolisation produit. Les protéines des œufs sont considérés comme idéales, puis les poissons et viandes maigres (volailles) et enfin à exclure les protéines de soja et autre protéines végétales.

Choix des légumes (pour les chiens ou les chats seniors qui ont besoin de fibres) 
Selon Swanie Simon, les fruits et légumes à haute teneur en carotène (antioxydant) devront être donné en bonne quantité, ainsi que les éléments riches en soufre (œuf, foie, poisson, brocoli, fruits).
Le Dr Géraldine Blanchard, bien qu’adepte de la ration ménagère, conseille également de limiter l’apport en fibres insolubles (pas de céréales ni de légumineuses) et préférer les fibres solubles de fruits et légumes (carottes, asperges, mangue…) en raison de leur effet favorable sur les bactéries non pathogènes et dans l’espoir de capter une part des déchets azotés.
La rhubarbe (et mieux encore les extraits de racine de rhubarbe disponibles chez votre vétérinaire ou votre pharmacien) contient deux molécules la rhéine et l’émodine qui sont connues pour leur effet protecteur sur le rein, permettant de limiter la fibrose rénale. Cependant la rhubarbe peut avoir un léger effet laxatif donc parlez en à votre vétérinaire.
Par ailleurs, retrouvez dans notre liste de fruits et légumes ceux à éviter en cas de troubles rénaux notamment ceux riches en sodium à limiter et ceux riches en potassium à apporter : http://barf-asso.fr/les-legumes/

Apporter suffisamment d’oméga 3
Évitez les huiles végétales, souvent trop riches en oméga 6 et en phosphore. Préférez des huiles de poissons (saumon, krill) ou des poissons entiers. Les acides gras essentiels oméga 3 (EPA et DHA) ont démontré leur efficacité dans de nombreuses pathologies cardiaques et rénales.

Compléments
Ne donnez pas trop de compléments, même naturels, discutez toujours de l’utilité de ceux-ci avec votre vétérinaire. De nombreuses plantes ou algues peuvent aider mais ne sont pas nécessaires dans tous les cas ! L’orthosiphon par exemple est un diurétique naturel qui permet de capter l’urée, utilisée généralement pour faciliter l’élimination rénale et traiter l’inflammation cependant il est contre-indiqué chez les insuffisants rénaux, cardiaques ou en cas de colique néphrétique ! Il est donc primordial de demander conseil à votre vétérinaire.
Un supplément en vitamine C (cynorrhodon) et en vitamines B (levure de bière) peut être envisagé mais prenez garde à la composition des compléments que vous achetez (pas d’additifs, pas d’autres vitamines, les vitamines A et D et en excès peuvent être dangereuses).

Le mythe selon lequel des taux élevés de protéines provoquent une maladie rénale ou exacerbent une maladie rénale existante persiste, bien qu’il ait été prouvé scientifiquement à plusieurs reprises que ce n’était pas le cas. Le corps a besoin de protéines pour construire et maintenir les tissus. Si vous mangez trop peu de protéines, les tissus se dégradent, le système immunitaire s’affaiblit et l’activité enzymatique diminue. Cela ne fait qu’accélérer la dégradation des tissus, y compris les tissus rénaux. En cas de maladie rénale, cela n’a aucun sens de se réduire la teneur en protéines. En revanche, au delà d’un certain niveau, il est logique de réduire la teneur en phosphore de l’alimentation. En cas d’insuffisance rénale, la sécrétion de phosphore par les reins est perturbée et l’urémie monte. Dans le régime BARF, le moyen le plus simple de réduire la teneur en phosphore de l’aliment est de réduire la quantité d’os, car les os contiennent non seulement beaucoup de calcium, mais également la plus grande partie du phosphore. Le calcium peut ensuite être complété par du carbonate de calcium, du citrate de calcium et des coquilles d’œufs, ces composés du calcium fixant en outre le phosphore.

Outre la réduction du phosphore, la supplémentation en potassium, en oligo-éléments, en coenzyme Q10 et en vitamines B constitue une autre mesure alimentaire importante en cas d’insuffisance rénale, car son utilisation est altérée par une diminution de la fonction rénale. Un peu de vitamine C supplémentaire peut également être utile.

Les graines d’ortie piquante qui réduisent la créatinine, Cordyceps pour ses propriétés protectrices des reins, la guimauve veloutée en tant que tonique anti-inflammatoire et apaisant, le ginkgo et l’aubépine pour favoriser la fonction cardiaque et la circulation sanguine, ainsi que les herbes diurétiques sont des herbes utiles pour les insuffisances rénales. 

Swanie Simon « Conseils nutritionnels sur les maladies rénales » traduit de https://www.drei-hunde-nacht.de/ernaehrung-barf/ernaehrungstipps-bei-nierenerkrankungen/

Enfin, vous l’aurez compris, si votre animal souffre d’insuffisance rénale chronique, il vous faut communiquer avec votre vétérinaire pour suivre l’évolution de sa pathologie et adapter son alimentation en fonction. Chaque cas est différent donc ne prenez pas de menu type d’un voisin, toutes les insuffisances rénales ne se ressemblent pas et n’ont pas les mêmes causes donc pas les mêmes prises en charge.

Les vétérinaires accusent très volontiers les propriétaires qui ont adopté le Barf de donner une mauvaise alimentation à leur animal car ce régime ne correspond pas à la vision des choses d’un vétérinaire « normal ». Certains professionnels voient même dans ces propriétaires des sortes de « tortionnaires ». Au cours de ces dernières années, j’ai entendu sur le sujet d’incroyables affirmations.

[…] Chez les chats, à la longue, réduire la quantité de protéines […] n’est pas une bonne solution. Ce sont de purs carnivores et leur plus importante source d’énergie dépend de la formation du glucose des acides aminés, réduire la quantité de viande crée donc une situation de catabolisme dans l’organisme, ce qui signifie que la musculature se réduit. En traitement on donne un assainissement de l’intestin et une désintoxication : elle doit être personnalisée mais il ne faut pas passer à côté. Protection cellulaire : antioxydants. Huile de krill (oméga 3). Thérapie Sanum : elle doit être menée de manière personnalisée. Au niveau homéopathique : ampoules de Renes-Viscum, Solidago D4, Berberis D4, Cantharis D6, Ferrum phosphoricum D12. En plus, des tisanes pour les reins : verge d’or, ortie, réglisse, feuilles de bouleau, lysimaque nummulaire ou ces mêmes plantes en poudre.

[…] Chez le chien, le traitement s’appuie essentiellement sur une protection cellulaire active, ainsi que sur l’élimination des causes par le biais d’un changement d’alimentation. Toujours mener un assainissement de base à l’aide de bactéries intestinales. Désintoxication, désacidification. Antioxydants. Huile de krill. Intégrations de vitamines naturelles telles que la poudre de rosier des chiens (vitamine C) et la levure de bière (vitamine B). Homéoptahie : ampoules de Renes-Viscum, Solidago D4, Lespedezia sieboldi D4, Berberis D4. Certains remèdes doivent être administrés individuellement, selon le patient. Tisanes de plantes : ortie, lysimaque nummulaire, burgane épineuse.

« Le manuel complet de la santé du chien et du chat » Dr Jutta Ziegler. Chapitre 12 – « Maladies rénales et des voies urinaires ». Macro Éditions 2017

N’hésitez pas à venir nous poser vos questions, vous pourrez consulter les différents témoignages sur notre groupe.

Longue vie à vos barfeurs !